LA MALADIE,  LA RECHERCHE

La protéine de la maladie de Parkinson voyage du cerveau à l’estomac.

La protéine impliquée dans la maladie de Parkinson a été identifiée dans la paroi gastrique (ici un rat).
ACTA NEUROPATHOLOGICA

NEUROLOGIE. La protéine alpha-synucléine est l’ennemi numéro 1 dans la maladie de Parkinson. C’est elle, en effet, qui s’agrège en amas dans les neurones à dopamine du cerveau et les détériore. Ce qui provoque les symptômes (troubles moteurs) de la maladie. Les premiers agrégats d’alpha-synucléine se forment à la base du tronc cérébral (qui relie l’encéphale et la moelle épinière) puis remontent progressivement avant de se répandre dans les différentes régions du cerveau. Les chercheurs du German Center for neurodegenerative Diseases (DZNE) de Bonn (Allemagne) associés à l’Université Purdue (Etats Unis) ont fait une découverte étonnante, publiée dans Acta Neuropathologica : l’alpha-synucleine serait aussi capable de voyager du cerveau jusqu’à l’estomac! Et ce, via une autoroute, le nerf vague.

La diffusion de l’alpha-synucléine demeure encore mal connue mais des études antérieures ont montré qu’elle pouvait ” sauter ” d’un neurone à l’autre et se retrouvait dans des organes périphériques comme l’intestin des malades. Mieux, en 2014 une équipe de l’Université de Lund (Suède) montrait que la protéine pouvait remonter de l’intestin vers le tronc cérébral (qui relie le cerveau et la moelle épinière) chez le rat. Elle empruntait pour cela le nerf vague, le nerf crânien reliant de nombreux organes et muscles du système cardiaque, digestif et respiratoire. “En partant de ces observations intrigantes, l’hypothèse a été faite que le processus pathologique sous-jacent de la maladie de Parkinson pouvait en fait débuter dans le tractus gastrointestinal puis se déplacer vers le cerveau, explique le professeur Donato Di Monte chercheur au DZNE, co-auteur de l’étude. Notre approche actuelle a été d’observer cette transmission longue distance dans l’autre sens, cherchant la possibilité que l’alpha-synucléine puisse voyager du cerveau à l’intestin.

Six mois pour passer du tronc cérébral jusqu’à l’estomac

Avec l’aide d’un vecteur viral l’équipe a donc déclenché la production d’alpha-synucléine humaine dans les neurones de la partie supérieure du tronc cérébral de rats. Puis elle a observé son déplacement par l’analyse des tissus. Et le voyage a eu lieu, sous leurs yeux. La protéine est d’abord descendue le long du tronc cérébral, puis a été détectée à l’embouchure du nerf vague. Progressivement elle a migré le long des longues fibres du nerf jusqu’à atteindre la paroi gastrique. Temps du parcours tronc cérébral – estomac : six mois! Pourquoi cette protéine est-elle si voyageuse ? : “Nous n’en savons rien, répond Ronald Melki co-auteur de la publication de 2014 de l’Université de Lund. Cela peut être dû au fait qu’elle est impliquée dans une voie de signalisation dont nous ignorons tout. Cela peut aussi être du trafic passif, c’est-à-dire une protéine qui se lie à autre chose qui est activement transporté par des moteurs moléculaires le long des axones.” 

Reste que l’étude allemande a précisé quelles fibres particulières préférait emprunter l’alpha-synucléine au sein du nerf vague. “Certains neurones semblent avoir une propension particulière à prendre, transférer et accumuler l’alpha-synucléine, souligne Donato Di MonteNous ne connaissons pas les mécanismes précis qui sous-tendent ce comportement neuronal sélectif. Cependant, il est probable que ces mécanismes pourraient expliquer pourquoi certaines populations neuronales et certaines régions du cerveau sont particulièrement sensibles à la pathologie.” 

Cette nouvelle donnée pourrait avoir des implications intéressantes pour de futurs traitements qui cibleraient le blocage de la transmission d’alpha-synucléine. Donato Di Monte cite une étude récente qui montre que le risque de maladie de Parkinson a été significativement réduit chez des personnes ayant subi une vagotomie (ablation du nerf vague) pour des raisons médicales.  “Bien sûr, nous ne préconisons pas la vagotomie comme traitement général de la maladie de Parkinson, commente le professeur. Les études futures pourraient toutefois identifier des mécanismes spécifiques de transfert inter et intra-neuronal d’alpha-synucléine qui pourraient être ciblés pour le développement de médicaments et, finalement, pour le traitement de la maladie.

Article publié sur : www.sciencesetavenir.fr

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